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Les peaux sensibles

MISE À JOUR LE 04 Novembre 2007
 

 

Dans les pays développés, les études pratiquées par interview téléphonique, en Europe, aux Etats-Unis et au Japon montrent une fréquence anormalement élevée du vécu de peau sensible : environ la moitié des femmes et un tiers des hommes déclarent avoir la peau sensible. Dix pour cent des femmes et 6% des hommes déclarent que leur peau est très sensible.

Une peau sensible ou réactive est une sensibilité subjective, excessive et désagréable ressentie lors de l'utilisation répétée (produits d'hygiène) ou de l'application prolongée (produits hydratants) de cosmétiques. Mais d'autres facteurs sont fréquemment incriminés, de nature externe (environnement, etc.) et/ou de nature interne (cycle hormonal).

Des anomalies cutanées ont pourtant été objectivées par différentes études : anomalie de la fonction barrière de la peau et anomalie neurologique épidermique, dont les mécanismes exacts ne sont pas encore connus.

Comment se présente une peau sensible ?

 La difficulté du diagnostic tient au fait que les plaintes sont le plus souvent purement subjectives sans signes visibles. Les sujets atteints de peau réactive se plaignent de sensations, d'intensité variable, à type de picotements, de démangeaisons, de fourmillements, d'échauffement, voire de brûlures.
Ces plaintes se localisent essentiellement sur le visage. Chez les femmes, ces réactions surviennent souvent immédiatement après l'application de cosmétiques les obligeant à se nettoyer le visage. Parfois d'autres zones cutanées peuvent être touchées comme le cuir chevelu et le cou.

Ces réactions peuvent s'associer à des manifestations visibles, souvent discrètes, à type d'érythème, de fine desquamation, de sécheresse cutanée ou d'œdème.

De nombreuses conditions peuvent favoriser l'apparition de ces troubles :

  • facteurs environnementaux : chaleur, froid, exposition solaire, pollution atmosphérique, climatisation
  • facteurs cosmétiques : application de certains topiques, contact avec une eau « calcaire »,
  • facteurs internes : émotions, cycles menstruels, certains aliments, etc.


Peaux sensibles : facteurs favorisants
.

Sexe

Femme > homme

Ethnies

Régions développées (caucasiens, asiatiques)

Age

18 à 50 ans

Sites anatomiques

Visage : sillon naso-génien, zones malaires, menton, front, lèvre supérieure
Cuir chevelu

Facteurs d'environnement

Froid, chaleur
Vent
Soleil
Pollution
Climatisation
Eté > hiver

Autres

Exposition à des substances chimiques
Utilisation prolongée de corticoïdes
Rosacée

Cette hyperactivité cutanée peut survenir après utilisation prolongée de corticoïdes, à la suite de traitements irritants (trétinoïne, isotrétinoïne, hydroxyacides, etc.), ou de peelings, lasers et liftings.


Selon leur intensité, plusieurs auteurs ont essayer une classification des peaux sensibles
dont celle de Olivier de Charrière qui a différentié trois formes, ce qui a l'avantage de proposer des solutions thérapeutiques adaptées :

  • Les « peaux sensibles et environnementales ». Ce sont plutôt des peaux plutôt claires, sèches et rougissant facilement, qui réagissent principalement à des facteurs environnementaux : tels qu'une exposition à la chaleur, au froid et au soleil. Ce type de sensibilité toucherait 15 à 20% des peaux sensibles.
  • Les « peaux sensibles cosmétiques » (25 % des femmes à peau réactive) réagissent principalement à des applications cutanées de produits cosmétiques contenant un ingrédient mal toléré. L'inconfort cutané survient dans les minutes qui suivent l'application du produit et ceci souvent dès la première application. Contrairement aux « peaux très sensibles », l'intolérance cutanée est limitée à quelques produits.
  • Les « peaux très sensibles » (15% des femmes à peau réactive) qui réagissent intensément aux facteurs environnementaux (pollution, climatisation, etc.), cosmétiques et endogènes (stress, fatigue). Elles comprennent des peaux sèches et des peaux grasses. Ces peaux deviennent intolérantes à toute application de cosmétiques quel qu'il soit, provoquant l'apparition immédiate d'un érythème accompagné de tous les signes subjectifs de peau réactive (picotements, prurit, fourmillements, échauffement, brûlures) qui peuvent être intenses et durer plusieurs jours, voire plusieurs semaines.

Diagnostic

La difficulté de porter le diagnostic de peau réactive est le fait que les symptômes ne sont en général que d'ordre subjectif. Il faut alors préciser le type de réactivité cutanée, ainsi que les facteurs favorisants la déclenchant,

  • Antécédents dermatologiques, allergiques.
  • Traitements antérieurs et actuels. Il faudra rechercher notamment si des corticoïdes locaux ont été appliqués de façon intempestive.
  • Facteurs déclenchants environnementaux. Existe t-il un terrain anxiogène ?
  • Habitudes cosmétiques. Certaines molécules sont mal tolérées par les peaux réactives comme certains parfums, certains agents moussants contenus dans les produits d'hygiène, certains conservateurs (acide benzoïque, chloride de benzalkonium, etc.), la lanoline et ses dérivés, les alpha-hydroxyacides et bêta-hydroxyacides, les dérivés de la vitamine A (trétinoïne, réthinaldéhyde, voire le rétinol), le propylène glycol, etc.
  • Mode de vie : type de l'activité professionnelle, ingestion d'épices, de boissons alcoolisées.
  • Type et intensité des symptômes vécus (picotements, fourmillements, démangeaisons, échauffements) parfois associés à des épisodes de rougeurs fugaces.

L'examen clinique recherche l'absence de signes orientant vers une peau « pré-sensibilisée », comme une dermite séborrhéique, un eczéma, un psoriasis, une érythro-couperose, etc.

Un eczéma de contact, une photosensibilité doivent parfois être éliminés par un bilan allergologique et/ou photobiologique qui est le plus souvent négatif.

Traitement

Le traitement des peaux sensibles nécessite de toujours respecter quelques principes de base :

  • Eviter les facteurs environnementaux déclenchants tels que,
    • les variations brutales de température, l'exposition solaire, la consommation d'alcool et d'épices, l'utilisation d'aérosols (désodorisants), etc.,
    • l'utilisation de produits d'hygiène (notamment les shampoings) et l'application de produits contenant les substances irritantes mentionnés plus haut,
    • le rinçage de la peau avec une eau « dure »,
    • l'utilisation de produits déjà identifiés par le sujet comme mal tolérés.
  • Pour l'hygiène du visage, utiliser des produits adaptés aux peaux sensibles. Les laits et lotions micellaires sans rinçage sont privilégiées. Pourront aussi être pulvérisées sur le visage des eaux thermales à effet apaisant. Bien sécher la peau sans la frotter. L'emploi de substances parfumantes devront être arrêtées.
  • Utiliser une à deux fois par jour un émollient hydratant adapté aux peaux sensibles.
  • Certains auteurs préconisent l'application d'anti-inflammatoires non stéroïdiens, tel le diclofénac sous forme de gel, pour leur action anti-prostaglandines.

Pour les peaux totalement intolérantes, il convient de tout arrêter et de laisser la phase aiguë en s'aidant de pulvérisations pluri-quotidiennes d'eaux thermales. La réintroduction des produits topiques se fait très progressivement en débutant d'abord par la reprise de procédures d'hygiène du visage, puis dans un second temps par la reprise d'applications de crèmes hydratantes.

Références

  • Martini MC. Tensioactifs. Encycl Méd Chir. Cosmétologie et Dermatologie esthétique 50-120-C-10, 2006.
  • De La Charrière O. Peaux sensibles, peaux réactives. Encycl Méd Chir. Cosmétologie et Dermatologie esthétique 50-220-A-10, 2002.
  • Marriot M, Holmes J, Peters L et al. The complex problem of sensitive skin. Contact Dermatitis 2005, 53: 93-99.
  • Lee E, An S, Choi D, Moon S, Chang I. Comparison of objective and sensory skin irritations of several cosmetic preservatives. Contact Dermatitis 2007; 56: 131-136.
  • Draelos ZD. Cosmetic selection in the sensitive-skin patient. Dermatologic Therapy 2001; 14: 194-199.
  • Misery L, Myon E, Martin N et al. Sensitive skin : psychological effects and seasonal changes. JEADV 2007; 21: 1-9.
  • Farage MA, Katsarou A, Maibach HI. Sensory, clinical and physiological factors in sensitive skin: a review. Contact Dermatitis 2006; 55: 1-14.
  • Pons-Guiraud A. La peau sensible. Progrès en Dermato-allergologie. Grenoble 2005;XII: 237-246.

 

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