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L'Aloe vera (Aloe barbadensis Miller) est l'une des 300 variétés d'Aloès qui appartiennent à la famille des Liliacées. C'est une plante ressemblant à un cactus qui pousse dans les climats chauds et secs. Son nom est dérivé du mot arabe « alloeh » qui signifie « amer », correspondant au goût du liquide contenu dans les feuilles. L'Aloe vera a été utilisé comme cosmétique et comme médicament depuis plus de mille ans. Il fut d'abord mentionné dans les papyrus égyptiens qui décrivaient les modalités d'application sur la peau et de sa prise par voie buccale. En 1543, on vantait dans les pays germaniques ses effets bénéfiques dans le traitement des gastro-entérites, des maux de tête, des chutes de cheveux et des brûlures. L'Aloe vera a retrouvé récemment une utilisation grandissante. Il est utilisé dans les cosmétiques, certaines boissons et aliments diététiques, certains dentifrices, voire des vêtements et des lessives. On lui attribue des vertus thérapeutiques dans l'athérosclérose, les allergies, les brûlures, un effet protecteur contre les rayons ultraviolets et certaines pathologies cutanées. Il faut pourtant se méfier d'une publicité sur les multiples propriétés de l'Aloe vera, car beaucoup d'expérimentations ont été faites soit in vitro, soit sur des modèles animaux. Les propriétés médicales d'extraits « bruts » d'Aloe vera sont difficiles à vérifier : ils contiennent par exemple des substances qui diminuent et d'autres qui augmentent en même temps les phénomènes d'inflammation ; il reste encore à identifier chaque composé le plus efficace pour une pathologie donnée. Ainsi, un médecin américain a été condamné à 4 années d'emprisonnement et 222 000 dollars d'amende pour avoir promu que l'Aloe vera stimulait le système immunitaire et pouvait être utilisé pour le traitement du cancer et du sida.
L'Aloe vera est une plante de 60 à 80 cm de hauteur aux racines très courtes et dont la tige petite et ligneuse porte un faisceau de feuilles charnues lisses, de couleur verte, à section triangulaire, aux extrémités pointues, dont les plus grandes peuvent atteindre 80 cm de hauteur. Le bord des feuilles sont bordées d'épines jaunes.
La coupe transversale d'une feuille permet de distinguer, de l'extérieur vers l'intérieur, la cuticule, une couche épidermique, un derme cellulosique où circule une sève rouge brunâtre (le « sang » de l'Aloès) et au centre une pulpe épaisse, incolore qui est le jus utilisé dans le gel.
Deux produits sont obtenus à partir des feuilles d'Aloe vera, les deux ayant des implications médicales depuis plusieurs siècles. La fraction appelée « gel » obtenue à partir de la pulpe qui est sans couleur et sans odeur utilisée particulièrement dans le traitement de problèmes cutanés. Il contient beaucoup d'eau et des sucres (polysaccharides). L'exsudat jaune issu des couches plus superficielles de la feuille (couches épidermiques internes) est un liquide jaune et extrêmement amer contenant l'« aloïne ». L'aloïne qui est le produit « brut » commercialisé à partir de résine d'aloïne contient comme principal constituant une substance appelée « barbaloïne ». Elle augmente la motricité digestive et est utilisée pour traiter la constipation. L'aloïne a un potentiel d'irritation très important pouvant provoquer crampes, diarrhée sanglante et nausées et des contraintes ont été imposées sur son utilisation. Sous le terme de pulpe d'Aloe vera, on distingue aujourd'hui le dérivé de l'Aloe vera obtenu par pressage des feuilles : elle contient donc la pulpe et les substances contenues dans la couche épidermique. Le liquide obtenu est gélatineux et opalescent.
De nombreuses propriétés thérapeutiques ont été rapportées sur l'extrait total de gel d'Aloe vera, particulièrement dans le domaine de la cicatrisation des plaies, des brûlures, des lésions cutanées dues au froid en plus de propriétés anti-inflammatoire, anti-fungique, hypoglycémiantes et gastro-protectrices. Dans cette revue, nous nous limiterons à son effet sur la peau.
Action hydratante. L'Aloe vera est hydratant et émollient.
Action cicatrisante. De nombreuses expérimentations ont été faites chez l'animal avec un extrait total de gel d'Aloe vera qui ont montré une accélération de la vitesse de cicatrisation. Selon les études, il stimule la croissance des fibroblastes, la synthèse de collagène et de substance fondamentale (acide hyaluronique, dermatan sulfate). Il favorise la formation de nouveaux vaisseaux permettant d'apporter de l'oxygène et de favoriser la cicatrisation d'une brûlure chez le cobaye. Des protéines attachées à des sucres (glycoprotéines), mais mal connues, auraient de multiples actions dans la cicatrisation : augmentation de la multiplication des cellules de l'épiderme (kératinocytes), des cellules du derme (fibroblastes). Des substances appelées « lectines », qui favorisent la cicatrisation, ont été découvertes dans le gel d'Aloe vera. D'autres expérimentations ont à l'inverse montré un retard de cicatrisation : ces différences pourraient être dues à la variation de la composition des différents gels (origine, climat, région, méthode d'extraction du gel d'Aloe vera). En effet dans les extraits des feuilles de l'Aloe vera, il existe des substances dites « phénoliques » qui diminuent l'action des lectines. Une molécule appelée « bêta-sitostérol » participerait à l'action cicatrisante de l'Aloe vera car elle favorise chez l'animal la multiplication des vaisseaux sanguins ; elle a aussi une action anti-inflammatoire après blessure chez la souris ce qui pourrait augmenter la vitesse de cicatrisation en diminuant les dommages cutanés.
Action anti-inflammatoire. Elle pourrait être due à une action contre une réaction inflammatoire faisant entrée en jeu un mécanisme appelé « voie de la cyclooxygénase » (comme agissent les anti-inflammatoires non stéroïdiens). Une glycoprotéine aurait aussi in vitro une action anti-allergique.
Action sur les défenses immunitaires. In vitro et chez l'animal un sucre (acemannan) contenu dans le gel d'Aloe vera stimule les défenses immunitaires. L'action des ultraviolets chez la souris (et chez l'homme) provoque une diminution des défenses immunitaires. Chez la souris, cette diminution des défenses a été empêchée par l'application sur la peau avant irradiation par des ultraviolets d'un extrait d'Aloe vera. Certains sucres et une molécule dénommée « G1C2F1 », seraient responsables de cette activité.
Action anti-infectieuse. L'action anti-bactérienne des extraits de gel d'Aloe vera est très controversée : il se pourrait que le tissu cicatriciel traité par le gel aurait lui-même une action antibiotique. Le gel d'Aloe vera aurait aussi une action inhibant la multiplication de champignons, tel le Candida albicans. Une action anti-virale reste à démontrer.
Action dépigmentante. Une substance appelée « aloésine » diminue in vitro l'activité des cellules responsables de la pigmentation (mélanocytes). Elle agirait de façon synergique avec l'arbutine, souvent utilisée dans les crèmes dépigmentantes. L'aloésine inhiberait l'activité de la tyrosinase par une inhibition non compétitive contrairement à l'arbutine (culture de cellules SK-Mel-1). L'aloésine favoriserait aussi la multiplication des cellules in vitro (culture de cellules SK-HEP-1).
Pouvoir allergisant de l'Aloe vera. Les réactions allergiques à l'Aloe vera sont rares au regard de son importante utilisation. Des auteurs allemands on voulu vérifier ce fait et on testé plus de 700 sujets consultant pour des problèmes d'allergie. 80 personnes avaient déjà utilisé de l'Aloe vera sur la peau sans avoir remarqué de réactions cutanées. Les patients eurent des patch tests avec du gel d'Aloe vera pur stabilisé avec de l'acide citrique, de l'huile l'Aloe vera obtenue après macération des feuilles dans de l'huile de soja et stabilisée par de la vitamine E et de la poudre de la plante entière. L'acide sorbique fréquemment associé à l'Aloe vera commercialisé fut aussi testé ainsi que l'acide citrique et la vitamine E.
Les résultats ont montré qu'il n'existait pas de réaction allergique aux 2 extraits d'Aloe vera. Des tests positifs furent par contre observés pour le nickel (133 cas), le cobalt (53 cas), le baume du Pérou (55 cas), le fragrance-mix (46 cas), la colophane (41 cas), la propolis (30 cas). Les tests faits avec certaines extraits végétaux mirent en évidence une allergie de contact chez 14 sujets à la camomille et à l'arnica (contenant toutes les deux des substances allergisantes appelées « lactones sesquiterpéniques).
Les anthraquinones.
L'aloïne qui est un produit commercialisé à partir de la résine d'Aloe contient comme principal constituant la barbaloïne (aloïne A). L'aloésine (aloérésine B), la barbaloïne et l'isobarbaloïne (aloïne B) sont présentes dans de nombreux genres d'Aloe. L'aloé-émodine est formé par action l'oxygène de l'air sur la barbaloïne (oxydation). L'aloésine A a été isolée dans l'aloïne commercialisée. Le 8-C-Glucosyl-7-O-methyl-(S)-aléosol, l'isoaloérésine D et l'aloérésine E ont été récemment isolés dans l'Aloe barbadensis (Aloe vera). Leur concentration est plus importante de la base au sommet de la feuille et diminuent avec l'âge de la feuille. Ces composés phénoliques sont jusqu'à 3 fois plus importants dans la couche sous épidermique de la feuille que le gel. L'aloïne commercialisée, utilisée comme barbaloïne « brute » non purifiée, a une composition très différente selon les producteurs. Les autres anthraquinones sont l'acide aloétique, l'anthranol, les esters de l'acide cinnamique (dérivés de la cannelle), etc.
Elles auraient une action purgative, anti-inflammatoire, anti-parasitaire et antioxydante. L'action purgative a été démontré chez le rat. Toujours chez cet animal, l'action antioxydante a été démontré sur l'effet protecteur du foie après ingestion de produits toxiques sur celui-ci. Cette action serait due à l'aloe-émodine. Celle-ci aurait aussi une action anti-parasitaire et favoriserait la multiplication des cellules. In vitro, elles favoriseraient la mort de certaines cellules cancéreuses du poumon. Il faut cependant insister sur le fait que les anthraquinones sont aussi toxiques pour l'organisme : toxicité sur les gènes, mutagènicité, promotrices de l'apparition de cellules cancéreuses.
Les saccharides (sucres).
Les deux principaux sont le mannose-6-phosphate et l'acemannan. Le gel d'Aloe vera contient aussi du glucose, du mannose, de l'aldopentose, du glucomannan, de l'acétyle de glucomannan, du galactogalacturan, du glucogalactomannan et du galacatocoarabinomannan.
Ces sucres auraient une action antivirale in vitro en augmentant l'immunité (acemannan). Ils auraient aussi une action anti-tumorale et diminueraient la suppression des défenses immunitaires déclenchées par l'exposition solaire. La nature labile des facteurs qui préviennent la diminution des défenses immunitaires varie selon le type de l'extrait d'Aloe vera et peut être influencé par les méthodes d'extraction à partir de la plante. La variation des différentes propriétés de cet extrait pourraient aussi dépendre de la dégradation des sucres par une contamination bactérienne ou d'une activité enzymatique endogène. Ceci explique la difficulté pour les différents chercheurs de pouvoir reproduire les résultats obtenus en utilisant des gels de feuilles non fractionnées d'Aloe vera.
Les glycoprotéines (association d'une protéine et d'un sucre).
In vitro et chez l'animal, elles favoriseraient la multiplication des cellules (fibroblastes, kératinocytes) avec augmentation de la vitesse de la cicatrisation de la peau (substances ressemblant à des lectines).
Il semble que les incertitudes sur les véritables activités thérapeutiques du gel d'Aloe diminuent, surtout en ce qui concerne ses propriétés de cicatrisation des lésions cutanées. Il est aussi certain que beaucoup d'autres activités doivent être démontrées, à la fois sur les différents ingrédients actifs et les effets biologiques qui leurs sont propres. Ces substances, agissant seules ou ensemble, comprennent au moins des polysaccharides, des glycoprotéines, peut-être des prostaglandines et de petites molécules comme le lactate de magnésium, des exsudats phénoliques et même tout simplement de l'eau.
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