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Les dermatoses professionnelles de contact sont fréquentes dans les métiers de la coiffure, surtout dues à la manipulation peu précautionneuse de teintures pour cheveux, notamment la paraphénylène diamine, de décolorants à base de persulfates alcalins, de permanentes à base de dérivés de l'acide glycolique et de shampooings. La prévention, essentielle, devrait commencer dès l'apprentissage et être un des rôles majeurs des employeurs.
La dermatite d'irritation : la peau des mains est rouge, sèche et fissurée, souvent douloureuse avec sensation de brûlure. Elle est fréquente chez l'apprenti coiffeur en raison de l'humidité persistante de la peau et de l'utilisation répétée de shampooings (parfois plus de 30 par jour). Cette inflammation chronique peut favoriser la survenue d'un eczéma par allergie de contact aux produits manipulés.
Les ongles peuvent aussi être atteints, avec stries transversales, décollement de l'extrémité des ongles (shampooings), anomalies de forme dues aux liquides de permanente, coloration des ongles due aux teintures capillaires.
L'inclusion de fragments de cheveux dans le fond des espaces interdigitaux (surtout deuxième et quatrième) de la main du coiffeur, lors de la coupe, peut être responsable de la survenue de petits nodules inflammatoires, centrés par un orifice minime d'où s'écoule parfois du pus (« sinus pilonidal » ou « trichogranulome »).
Les urticaires de contact des mains et des avant-bras sont soit de type non allergique, soit de type allergique et peuvent dans ce cas se compliquer de conjonctivites, rhinites, asthmes et au maximum à un choc anaphylactique
Les teintures pour cheveux sont à l'origine du plus grand nombre des dermatoses allergiques chez les coiffeurs : elles sont de trois types principaux : colorations temporaires, semi-temporaires et permanentes
· Les colorations temporaires sont employées pour donner de simples reflets aux cheveux. Elles entraînent une coloration de la surface des cheveux et disparaissent au shampooing suivant. Elles contiennent surtout des colorants azoïques éventuellement sensibilisants sous forme de mousses, gels ou crèmes dispersés
· Les colorations semi-permanentes. Elles pénètrent les couches superficielles des cheveux ou se fixent au niveau de la cuticule pendant quatre à six semaines. Ces colorations disparaissent après plusieurs shampooings, et contiennent des colorants aromatiques nitrés, des colorants anthraquinoniques et naphtoquinoniques, des colorants azoïques, ainsi que des tensioactifs avec un mélange hydroalcoolique potentiellement irritant.
· Les colorations permanentes. Ce sont les plus utilisées. Ces produits de coloration d'oxydation reposent sur la formation à partir de deux composants (la base et le coupleur) de polymères colorés qui se fixent sur la kératine en pénétrant les cheveux pour des colorations durables.
Les « bases » sont des composés qui peuvent s'oxyder très facilement pour former des intermédiaires chimiquement très réactifs. Les « bases » sont soit de type diaminobenzène avec étiquetage obligatoire (paraphénylène diamine ou PPD, paratoluène diamine ou PTD), soit de type aminophénols, paraaminophénol, orthoaminophénol.
Les « coupleurs » sont des composés plus difficiles à oxyder : métaphénylènediamine, méta-aminophénol, résorcinol, hydroquinone.
La base est oxydée au moment de l'emploi avec un produit oxydant ou « révélateur », le plus souvent le peroxyde d'hydrogène (eau oxygénée) à 6 % et elle devient alors très réactive. Le mécanisme d'oxydation avec de l'eau oxygénée à 20 ou 30 volumes impose un milieu alcalin irritant obtenu soit par l'ammoniaque, soit par la monoéthanolamine (pH de 9 à 10).
Ces colorations permanentes contiennent également des produits irritants (éthanol, propylène glycol).
Tous les colorants d'oxydation peuvent être sensibilisants, surtout la PPD qui autorisée seulement à des concentrations faibles (6 % de concentration maximale admise).
L'induction préalable de la sensibilisation cutanée à la PPD est parfois favorisée par la réalisation de tatouages transitoires au « henné », de teinte très foncée ou noire, qui contiennent pour la plupart d'entre eux contiennent des concentrations importantes de PPD. Une information des consommateurs, notamment des apprentis-coiffeurs et des coiffeurs sur les risques d'utilisation de tels produits est vivement souhaitable. Des réactions d'allergie croisée entre les différents produits substitués en « para » ainsi qu'avec l'aniline sont possibles. Les cas de sensibilisation croisée entre la PPD, les sulfamides, les anesthésiques locaux paraissent tout à fait exceptionnels. La récidive de certains eczémas s'explique par la manipulation de vêtements colorés.
L'agent oxydant, le peroxyde d'hydrogène, est exceptionnellement à l'origine d'allergie cutanée de contact, mais il est un facteur d'irritation.
Le résorcinol, largement employé en coiffure comme « coupleur » des colorants du groupe PPD est peu sensibilisant en dessous de 1 %.
Plusieurs observations d'eczéma de contact allergique ont été décrits lors de l'utilisation de teintures capillaires constituant une alternative à celles contenant de la PPD ( 2,7-dihy-droxynaphtalène, henné, au basic blue 99 (Cl 56059), au basic red22.
Beaucoup plus rarement encore, des réactions cutanées d'hypersensibilité immédiate, à type d'urticaire de contact des mains, des avant-bras etc., peuvent être provoquées par des colorants capillaires, comme la PPD, la PTD et leurs produits d'oxydation, le henné, etc. Des réactions anaphylactiques ont été observées dont une a été d'évolution fatale.
Les produits de décoloration.
Ces produits sont utilisés pour obtenir des éclaircissements importants de la teinte des cheveux ou pour réaliser des mèches. La décoloration est dans certains cas l'étape initiale d'une coloration. Il peut y avoir emploi d'un mélange d'eau oxygénée et d'ammoniaque. Ces produits ont un pH souvent voisin de 11 et sont très agressifs pour la peau. La réalisation de mèches nécessite le recours à l'utilisation de persulfates.
Ces produits de décoloration se présentent sous forme soit de poudres décolorantes contenant des persulfates de sodium, de potassium, d'ammonium, agents oxydants puissants.
Le port de gants protecteurs mono-usage est nécessaire lors des applications et lors des rinçages correspondants.
Les persulfates alcalins (persulfate d'ammonium, persulfate de potassium) peuvent entraîner des dermites d'irritation, des réactions d'eczéma de contact et des réactions d'allergie immédiate (urticaire de contact parfois géante, œdème de Quincke, rhinites, asthme, dus dans 90 % des cas aux persulfates. L'existence d'une allergie croisée entre le persulfate d'ammonium et le persulfate de potassium est probable.
La permanente à froid s'effectue en deux temps, d'abord rupture des ponts disulfures de la kératine des cheveux (« saturation ») puis la neutralisation (« fixation ») grâce à des solutions oxydantes. Le réducteur est souvent l'acide thioglycolique, additionné d'un produit alcalin de pH supérieur à neuf. Le liquide réducteur est appliqué les cheveux étant préalablement enroulés sur bigoudis. Ensuite s'effectue le rinçage éliminant le produit réducteur. L'oxydation ou neutralisation permet la reconstitution et la fixation des ponts disulfures dans la nouvelle position imposée aux cheveux par l'enroulement sur les bigoudis. Cette fixation s'effectue à l'aide d'eau oxygénée et d'un acide faible potentiellement irritants.
Les deux variétés principales de permanentes à froid réalisées à l'heure actuelle sont les permanentes dites alcalines et les permanentes dites acides.
· Les permanentes dites acides peuvent contenir du monothioglycolate de glycérol (GMTG), dont l'utilisation diminue dans tous les pays du fait de leur haut pouvoir sensibilisant. Le glycéryl thioglycolate est à l'origine, plus rarement, de manifestations allergiques de type urticaire de contact. La plupart des gants protecteurs en vinyle ou en latex laissent passer le GMTG. Seuls les gants en néoprène assurent une protection cutanée vis-à-vis de cet allergène.
· Les permanentes dites alcalines contiennent de l'acide thioglycolique sous forme d'ammonium thioglycolate (ATG), plus irritant qu'allergisant, ou parfois de l'acide thiolactique. L'ATG est aussi employé dans les crèmes dépilatoires. Une réaction d'allergie croisée est possible entre l'ATG (permanente) et le thioglycolate de calcium (crème dépilatoire).
· Les nouvelles générations de permanentes sont une sorte de compromis entre permanentes acides et alcalines : les formulations sont à base de sels de l'acide thioglycolique, avec une teneur en réducteurs plus importante aboutissant à alléger la teneur en alcalins et à supprimer le GMTG, fortement allergisant.
· L'utilisation de ces permanentes à pH plus neutre peut être responsable de cas d'eczéma de contact (agent réducteur de type hydrochlorure de cystéamine). Il n'y a pas de réaction croisée avec les thioglycolates.
· Des gants mono-usage, imperméables à l'eau (non poreux), par exemple en nitrile, sont recommandés
Deux catégories principales de produits de défrisage sont employées à l'heure actuelle :
· les défrisants alcalins sont indiqués pour les cheveux très crépus. Ils contiennent de l'hydroxyde de sodium, de potassium, de lithium en présence d'agents alcalins. Ces produits sont donc potentiellement irritants pour le tégument ;
· les défrisants thiolés sont proposés pour les cheveux frisés ou ondulés. Leur composition est proche de celle des liquides de permanentes. La réalisation technique de ce défrisage comporte deux phases successives : d'abord, la phase de réduction en présence d'acide thioglycolique (ATG), suivie de la phase de fixation, à l'aide d'eau oxygénée. Ces produits thiolés ne contiennent pas de GMTG.
L'alcalinité des produits de défrisage est nettement plus importante que celle des produits de permanente, ce qui augmente le pouvoir irritatif des défrisants. Le port de gants mono-usage est recommandé au cours de tout le processus technique de défrisage.
Ils contiennent des produits irritants et des composants potentiellement allergisants.
· La cocamidopropylbétaïne , composée d'acides gras de l'huile de coco et d'aminopropylbétaïne, est employé couramment dans les produits rincés peu irritants et peut être un allergène professionnel chez les coiffeurs. Cette allergie ne serait pas liée aux acides gras de coco, mais surtout à un contaminant de fabrication, la diméthylaminopropylamine.
· La cocamide DEA ou la cocamide diéthanolamide, employé comme stabilisateur de mousse dans les shampooings rarement sensibilisant.
· D'autres allergènes potentiels peuvent être responsables d'eczéma de contact :
- les conservateurs sont contenus dans les shampooings, comme le formaldéhyde et les libérateurs de formaldéhyde(Quaternium 15, 2-bromo-2-nitropropane-1,3-diol, diazolidinyl urea, imidazolidinyl urea), isothiazolinones, etc.
- les parfums,
- certains filtres solaires comme les benzophénones (benzophenone-3, benzophenone-4)
- des agents anti-pelliculaires, comme la pyrithione zinc
· Il existe de très rares cas d'urticaires de contact parfois associées à un bronchospasme et/ou un œdème de Quincke décrits avec,
- des shampooings embellisseurs et des après-shampoings contenant des hydrolysats de protéines, dont la Crotéine Q®. La Crotéine Q® correspond à une association de collagène hydrolysé et de chlorure de stéaryl triméthylammonium. Ce dernier composant est vraisemblablement l'allergène principal, que les fabricants veillent à éliminer.
- D'autres composants des shampooings et après-shampooings, comme l'eugénol, l'acide sorbique et le tilleul
Autres allergènes de la coiffure
Le nickel.
Au cours de ces dernières années, un effort certain a permis de réduire l'équipement métallique des salons de coiffure : instruments en céramique, en plastique ou en acier inoxydable.
Les liquides de permanente à base d'acide thioglycolique et les produits de décoloration favorisent la libération de nickel par les objets métalliques. L'eczéma de contact survient chez des jeunes femmes intolérantes aux bijoux fantaisie et autres piercings.
Les additifs ajoutés au latex pour fabriquer le caoutchouc (thiurams, mercaptos) peuvent induire des eczémas de contact allergiques aux gants. Ils peuvent aussi être incorporés dans les gants en néoprène et en nitrile.
Des réactions cutanées d'allergie immédiate au latex des gants sont possibles.
Règles d'hygiène : pas de lavage des mains aux shampooings, utilisation d'un savon surgras, pas d'eau trop chaude ou trop froide. Un bon séchage des mains sans frottement agressif de celles-ci est souhaitable. Les applications régulières d'une crème-barrière sur les mains peuvent être très utiles pour éviter le port trop prolongé de gants.
Interdiction de faire des tatouages transitoires au henné.
Ports de gants adaptés à l'activité (couleur, permanentes et défrisage)
Précautions lors de la manipulation de produits de décoloration sous forme de poudre. Le lavage soigneux des instruments et du matériel contaminés est indispensable. Les conditionnements en circuit fermé permettent de réaliser des mélanges sans ouverture du paquet. Les notices d'informations, incluses dans les paquets, le warning sur l'emballage et les étiquetages détaillés spécifient les risques et rappellent clairement les conseils à suivre lors des manipulations
D'après, C. Géraut, M.B. Cleenewerck, D. Tripodi. Dermatoses inflammatoires professionnelles dans les métiers de la coiffure : diagnostic et prévention. Rev Fr Allergol Immunol Clin 2008.
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