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Le "syndrome du canapé chinois" (diméthyl fumarate 1). Le "syndrome de la chaussure chinoise" (diméthyl fumarate 2).

MISE À JOUR LE 27 Décembre 2008
 

 

Tout a débuté à l'automne 2006, en Finlande et en Grande-Bretagne où des réactions cutanées eczématiformes persistantes et de localisation inhabituelle (fesses, dos, cuisses) ont atteint plusieurs de centaines de personnes. Après plusieurs mois de recherche, les anglais ont émis l'hypothèse que l'agent responsable des ces réactions allergiques était un produit anti-moisissure, le diméthylfumarate, contenu dans des sachets en papier glissés à l'intérieur d' articles d'ameublement, tous fabriqués par un industriel implanté dans le Sud de la Chine.
La France a été atteinte quelques mois plus tard et, grâce à nos voisins anglo-saxons, le diagnostic a pu être plus rapidement fait.

Malheureusement, le diméthylfumarate a été aussi utilisé pour la conservation de certaines chaussures, causant des eczémas intenses des pieds et des jambes, dont les mass-média se sont aussi rapidement fait l'écho.

 

Le diméthylfumarate est un biocide à large spectre se présentant sous la forme d'une poudre blanche volatile pouvant imprégner l'ensemble du canapé sous le fait de la pression exercée sur les coussins lors de l'action de s'asseoir.

Les dermatoses de contact aux articles d'ameublement sont rares,

 

bien qu'ils contiennent souvent des allergènes potentiels comme le cuir (chrome), les colorants, certaines colles, etc. Ceci est vraisemblablement du à la protection qu'apportent les vêtements et au contact relativement court entre l'article d'ameublement et l'organisme.

En presque 2 ans, quelques centaines de  personnes ont consulté dans différents pays européens (surtout la Grande-Bretagne et la Finlande) pour des réactions cutanées brutales et importantes atteignant le dos, les fesses, les coudes et le visage souvent de localisation atypique., suggestifs d'une allergie de contact.
Chez certains de ces patients, la réaction cutanée était sévère ne réagissant pas aux traitements par corticoïdes locaux et nécessitant des traitements par cortisone par voie générale. Certains ont même du être hospitalisés.
Dans la majorité des cas, la dermatose débutait sur les fesses, les cuisses et le bas du dos, avec chez quelques patients, ayant utilisé des appui-têtes, une atteinte du visage. Tous ces patients avaient récemment acheté un nouveau canapé en cuir 3 semaines à 9 mois avant la survenue de l'éruption. Quelques patients voyaient leur éruption disparaître lors de l'arrêt du contact avec ce canapé (par exemple pendant les vacances, lors d'une hospitalisation), avec une rapide récidive lors de leur retour au domicile.
Plusieurs patients suspectaient leur canapé comme responsable de l'éruption. Certains étaient capables d'expliquer la localisation inhabituelle de leur problème cutané par le style du canapé qu'ils avaient acheté et la zone d'appui de leur corps (plus importante sur une fesse, souvent liée à leur position pour regarder la télévision). Dans la majorité des cas, l'éruption était limitée sur les zones de contact avec le canapé. Cependant, la majorité des patients disaient qu'ils étaient assis sur un canapé recouvert par un tissu. Il n'y avait donc pas de contact direct avec la peau.

Une démarche fastidieuse, faisant appel à plusieurs médecins et chercheurs anglo-saxons, a permis après plusieurs mois de recherche de retrouver la cause de cette épidémie.

Le premier cas a été décrit dans le British Journal of Medicine en janvier 2008. I. Coulson écrivait alors : « Une femme s'était présentée dans le service de Lancashire pour un eczéma sévère de sa fesse droite et de son dos. Trois mois plutôt, elle avait acheté un canapé en cuir. Son problème cutané a disparu après qu'elle se soit séparée de son sofa. Un patch test pratiqué avec un morceau de cuir de son sofa était positif. Jusqu'à récemment, les problèmes dermatologiques causés par les fauteuils et canapés étaient rares, mais plus de 130 cas ont été décrits en Finlande et en Grande Bretagne. Les fauteuils et sofas incriminés étaient tous fabriqués par un seul fabriquant situé dans le sud de la Chine. L'allergène précis n'est pas encore connu, mais il s'agit peut-être d'un nouvel allergène. Les médecins généralistes, les services d'urgence et les dermatologues doivent être alertés par ce nouveau problème ».

I.Founds (Grande-Bretagne) a obtenu des échantillons de canapés-fauteuils  (5 morceaux de cuir de couleur différente, de la mousse et des fibres intérieures). Chez les patients porteurs d'eczéma, seuls les tests pratiqués avec les extraits de fibres ont été positifs. Ils ont alors fouillé l'intérieur des canapés et ont découvert des sachets en papier contenant des pastilles de poudre blanche portant la mention « mouldproof agent. Do not eat ». Ils auraient été introduits dans de ces meubles depuis 2005.
Ils ont ensuite pratiqués des tests avec ce biocide qui ont mis en évidence une allergie de contact chez 12 personnes souffrant du "syndrome du canapé chinois". Par contre, les tests étaient négatifs chez des sujets témoins sans problème d'eczéma.
Puis I. Founds et ses collaborateurs ont recherché si cette substance anti-moisissure pouvait diffuser de l'intérieur du canapé vers l'extérieur. S'appuyant sur le fait que les cas d'allergie étaient survenus essentiellement en période estivale (plus de transpiration) et chez des personnes en surpoids, ils ont observé que l'agent anti-moisissure pouvait diffuser sous forme de poudre libre dans les fibres puis dans la partie externe du canapé sous l'effet de la pression exercée sur celui-ci lorsque les personnes s'asseyaient. Ainsi la poudre pouvait imprégner les vêtements. En lisant les témoignages de différentes personnes, il est alors facile de comprendre que cet eczéma ne pouvait que s'aggraver, puisque souffrant d'un eczéma invalidant, elles avaient tendance à rester plus longtemps allongées sur ce même fauteuil où de plus grandes quantités de diméthylfumarate pénétraient dans la peau, d'autant plus que celle-ci était abîmée.
«C'est dans ce fauteuil que mon mari était le mieux, il était tellement moelleux. On s'y enfonçait comme dans les couettes de grand-mère», se souvient Odette L
«Mon mari s'est levé du fauteuil, qu'on avait acheté quinze jours avant, en octobre 2007, il portait un gros pull en laine d'Ecosse. Je lui ai dit, c'est bizarre, tu es trempé dans le dos. J'ai regardé, il avait une plaie de la grosseur de la main, et ça suintait...» En dépit des soins, la plaie s'est aggravée, elle s'est étendue de la nuque aux fesses. «Quand il enlevait son maillot de corps, la peau venait avec. Alors, il vivait torse nu, il mettait son maillot quand on avait de la visite....». «Le pire, quand il n'arrivait pas à dormir à cause de la douleur, il allait s'installer dans son fauteuil la nuit pour ne pas me déranger», (extrait du journal Libération).

 Cependant, la cause exacte de ce syndrome n'a pas été facile à découvrir, la fabrication de ces canapés faisant intervenir de nombreux produits chimiques. Des scientifiques anglais (E. Zimmerson et col) ont, par des techniques pointues qui ne peuvent être faites que dans des laboratoires spécialisés (chromatographie, spectrométrie de masse), recherché les différentes substances qui pouvaient être contenues dans un morceau de canapé. Ils en ont mis en évidence de nombreuses, dont certaines sont irritantes et d'autres allergisantes :

·        acides gras, tel l'acide hexadécanoïde,

·        aldéhydes aliphatiques,

·        phtalates,

·        alkyl amides,

·        toluène diisocyanate,

·        alkyl phosphates,

·        anilines substituées (dichloronitroaniline, bromoditroaniline),

·        ainsi que d'autres substances qu'ils n'ont pu identifier.

 Une autre difficulté du diagnostic d'allergie au diméthylfumarate a aussi pu être la conséquence d'allergies concomitantes à d'autres molécules : d'autres allergènes ont été alors incriminés puisque que le diméthylfumarate n'avait pas été identifié comme agent responsable.

K. Lammintausta (Finlande) a testé 14 personnes, et si celles-ci réagissaient toutes à un morceau de textile de leur canapé, 4 avaient une allergie de contact à des résines acryliques, 2 à des parfums, ceux-ci pouvant aussi être responsables d'une allergie à un objet d'ameublement.

S.Darné (Grande-Bretagne) a testé 2 personnes atteintes de ce problème. L'un deux réagissait au chrome qui est le principal allergène du cuir.

J.D.L. Williams (Grande-Bretagne) a trouvé que certains patients en plus de réagir à un morceau du canapé réagissaient à des résines acryliques.

Les cas français avaient soit des tests négatifs (Bordeaux, diméthylfumarate  non testé), soit une réaction au diméthyl fumarate (Strasbourg), soit une réaction au diméthylfumarate et à certaines résines acryliques (Paris).

 

Références

Coulson I, Williams J, Windhoven S. Minerva. BMJ 2008, 336:12.
Darné S, Horne HL. Leather suite dermatitis. Br J Dermatol 2008;159:262-264.
Foulds I. An investigation of the cause of sofa dermatitis, results and discovery of a new sensitizer. Contact Dermatitis 2008; 58 (Suppl.1), 40.
Imbert E, Chamaillard  M, Kostrzewa E et col. Allergie au fauteuil chinois: une nouvelle dermite de contact. Ann Dermatol Venereol 2008; 135: 777-779 (Novembre 2008).
Lammintausta K, Gruvberger B, Hasan T, Bruze M. An epidemic of furniture related dematitis-patch test results. Contact Dermatitis 2008; 58 (Suppl.1), 39-40.
Williams JDL, Coulson IH, Susitaival P, Winhoven SM. A outbreak of furniture dermatitis in U.K. Br J Dermatol 2008;159:233-234.
Zimmerson E, Gruvberger B, Susitaaival P et col. An epidemic of furniture related dermatitis-chemical investigations. Contact Dermatitis 2008; 58 (Suppl.1), 39.

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