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Huiles essentielles et allergies

MISE À JOUR LE 03 Novembre 2010
 

 Les huiles essentielles sont de plus en plus employées dans le cadre de la phytothérapie et de l'aromathérapie, bien qu'elles soient depuis longtemps utilisées dans les produits cosmétiques, certains médicaments (baume du Pérou) et dans les parfums.

Les huiles essentielles sont potentiellement allergisantes, souvent à cause de leur modification au contact de l'air (oxydation, etc.).

 

Pour ne pas ignorer le diagnostic d'une réaction cutanée à une huile essentielle, les patients et les médecins devraient systématiquement en parler.

 

Aspects cliniques.


Il peut s'agir d'un eczéma

  • par contact direct avec l'huile essentielle,
  • d'un eczéma aéroporté, après diffusion de l'huile   dans l'atmosphère et atteignant notamment le visage (dont les paupières) et le décolleté,
  • mais aussi d'un eczéma généralisé par ingestion de ces huiles essentielles.

Les zones atteintes sont préférentiellement, le visage, le cou et le décolleté, les mains et moins fréquemment, les régions génitales, les pieds.

Les sujets présentant le plus de risque de développer une allergie aux huiles essentielles sont les kinésithérapeutes, les masseurs et les aromathérapeutes qui manipulent très fréquemment ces substances. Bleasel N et al. Allergic contact dermatitis following exposure to essential oils. Austr J Dermatol 2002.


D'autres manifestations cliniques ont été observées à type de réactions de,

  • de photosensibilité (bergamote, millepertuis). Les huiles essentielles peuvent contenir des furocoumarines qui sont des substances photosensibilisantes.
  • d'urticaire et d'anaphylaxie (paprika, ail, echinacae)
  • de pellagre (thé Komboucha)
  • de syndrome de Sweet (arnica)
  • de pseudo-lupus (yohimbine)
  • de syndrome de réactivation virale (gingko biloba)
  • de syndrome de Lyell (millepertuis?)

 

Des études européennes et américaines ont mis en évidence que les huiles essentielles les plus sensibilisantes étaient, l'ylang-ylang, la citronnelle (lemongrass oil), les absolues de narcisse et de jasmin et le bois de santal.

Résultats de différents centres de dermato-allergologie.

 

945 testés(1)

16 sur 318(2)

(5%)

10 sur 29(3)*

(34,5%)

184 sur 1606(4)

637 sur 15682(5)

(4,6%)

Fragrance-mix 1

103

 

23 cas

 

 

Fragrance-mix 2

11

 

 

 

 

Baume du Pérou

 

 

10 cas

 

 

Propolis

26

 

4 cas

 

 

Sesquiterpène lactone-mix

6

 

 

 

 

Tea tree oil 
Melaleuca alternifolia

18

 

7 cas

 

 

Sandalwood oil (bois de santal)
Santalum album

14

25% (4 cas)

2 cas

15 cas

1,5%

Lavande oil
Lavandula angustifolia ssp. ang.

14

 

3 cas

 

 

Bulgarian rose oil

11

 

3 cas

 

 

Geranium oil
Geranium maculata

6

 

3 cas

 

 

Jasmin absolute
Jasminum officinale

11

6,3% (1 cas)

2 cas

20 cas

1,6%

Menthol oil

12

 

 

 

 

Lemongrass oil (citronelle)
Cymbopogon flexuosus

11

 

2 cas

25 cas

1,8%

Citrus oil (citron)
Lemon citrus oil

3

 

1 cas

 

 

Bergamote oil
Citrus bergamia

6

 

 

 

 

Ylang-ylang  oil
Cananga odorata

5

37,5% (6 cas)

5 cas

42 cas

3,1%

Neroli oil
Citrus aurantium

 

 

2 cas

 

 

Orange oil

4

 

 

 

 

Peppermint oil (menthe poivrée)
Mentha x piperita

5

12,5% (2 cas)

1 cas

9 cas

0,5%

Patchouli
Pogostemon cablin

 

18,7% (3 cas)

 

13 cas

1,0%

Narcissus absolute

8

 

 

21 cas

 

Vanilline
Vanilla planifolia,  tahitensis

7

 

 

 

 

  1. Wetter DA, et al. Results of patch testing to personal care product allergens in a standard series and supplemental cosmetic series: an analysis of 945 patients from the Mayo Clinic Contact Dermatitis Group, 2000-2007. J Am Acad Dermatol 2010.
  2. Paulsen E, Andersen KE. Colophanium and Compositae-mix as markers of fragrance allergy: cross reactivity between fragrance terpens, colophanium and Compositae plants extracts. Contact Dermatitis 2005.
  3. Thomson KF, Wilkinson SM. Allergic contact dermatitis to plants extracts in patients with cosmetic dermatitis. Br J Dermatol 2000.
    (*) Sujets déjà sensibilisés à des produits cosmétiques.
  4. Frosch PJ et al. Further important sensitizers in patients sensitive to fragrances. II. Reactivity to essentials oils. Contact Dermatitis 2002.
  5. Uter W et al. Contact allergy to essentiels oils: current patch tests results (2000-2008) from the Information of Departments of Dermatology (IVDK). Contact Dermatitis 2010.

 

Cependant, il peut arriver que ces tests soient négatifs. Cela pourrait être du au fait qu'au contact de l'air, il existe une modification de certaines molécules (oxydation), alors que les allergènes testés ne sont pas modifiés, car dilués dans de la vaseline qui empêche leur oxydation. C'est pourquoi, il est nécessaire de tester les huiles essentielles utilisées par le patient.

 

La menthe poivrée (peppermint ou Mentha x piperita ) est souvent utilisée comme agent de saveur dans les dentifrices, les bains de bouche et les cigarettes. Elle peut être responsable de réactions allergiques cutanées (chéilites, eczéma périoral) et de stomatites (sensations de brûlure). Elle peut être responsable d'eczéma professionnel dans le métier de la parfumerie et de l'alimentation.

 

 L'arbre à thé (Tea tree ou Melaleuca alternifolia) est très utilisé en application cutanée pour traiter diverses dermatoses comme l'acné, les infections, le psoriasis. C'est l'allergène le plus fréquemment impliqué dans les allergies aux huiles essentielles. Ces allergies peuvent se situer sur n'importe quelle zone du corps selon le type d'utilisation de l'huile essentielle. Des allergies du visage peuvent survenir lorsque l'huile est diffusée dans l'atmosphère. Des cas d'eczéma disséminé ont été décrits après ingestion d'huile chez des personnes qui y étaient sensibilisées.

 

Huiles essentielles photosensibilisantes. Elles ne doivent pas être utilisées si elles sont suivies d'une exposition solaire. Un cas particulièrement grave concernait une femme de 33 ans qui avait été hospitalisée pour une brûlure atteignant 70% de la surface corporelle.

 Elle avait pris un bain avec 6 gouttes de bergamote (Citrus bergamia) et 6 gouttes d'huile de Géraniol puis avait été dans un centre de bronzage pendant 30 minutes. En quelques heures était apparu un super-coup de soleil avec décollement bulleux sur les zones exposées.

De nombreuses herbes contiennent des psoralènes (Rutaceae, Umbellifereae, Moraceae, Leguminoseae).

Une femme de 25 ans prenait 500 mg par jour d'un extrait de feuille millepertuis (utilisé comme antidépresseur) pendant un mois lorsqu'elle ressentit une « sensibilité » sur le visage et le dos de ses mains, qui s'aggravait lorsqu'elle allait au soleil et qui s'étendit plus tard à toutes les zones exposées. Ses problèmes disparurent lorsqu'elle cessa son traitement.

 

Autres effets indésirables.


Intoxications à l'arsenic et au plomb.

Les médecines traditionnelles indiennes (médecine Ayurvédique) et chinoises utilisent des plantes qui peuvent être contaminées par de l'arsenic ou du plomb. Sur le plan dermatologique, ces intoxications se manifestent sous la forme d'une hyperkératose palmo-plantaire (plomb) ou d'un eczéma, une sécheresse de la peau, des ulcérations cutanées, une érythrodermie


Atteintes hépatiques

  • Le kava (Piper methysticum), interdit en France; sur le plan cutané, son abus se manifeste par une peau pigmentée, une peau sèche plus ou moins ichtyosiforme prédominant sur les paumes et plantes, les avant-bras, le dos et les tibias. La toxicité pourrait être de type idiosyncrasique, favorisée par un déficit génétique en cytochrome CYP2D6.
  • Germandrée du petit chêne (Teuchrium chamaedris)
  • Grande chélidoine (Chelidonium major)
  • Thé vert de chine (Camelia sinensis) sous forme d'extrait alcoolique
  • Cimifuga racemosa
  • Un mélange d'herbes chinoises a été très utilisé pour le traitement de l'eczéma en Grande Bretagne. Plusieurs cas d'hépatite ont été décrits. Des études ont montré qu'elles contenaient de l'acide aristolochique, vraisemblablement du à l'utilisation d'une herbe, l'Aristolochia manshuriensis confondue avec une autre herbe, la Stephania tetranda.


Atteintes rénales

Mélange d'herbes chinoises à vertu amaigrissante

 

Précautions d'emploi des huiles essentielles


Interdictions

  • d'injection intraveineuse ou intramusculaire,
  • pures dans le nez, les oreilles, les zones ano-génitales, les yeux
  • aux femmes enceintes ou allaitant des huiles essentielles riches en cétones :
    • Chenopodium ambrosioïdes,
    • Cupressus sempervirens,
    • Cymbopogon martinii,
    • Eucalyptus dives, Eucalyptus polybractea CT cyprone
    • Eugénia caryophyllus,
    • Foeniculum vulgare ssp. Dulce (sauf pendant l'allaitement)
    • Helycrysum italicum ssp. Serotinum
    • Lavandula stoechas
    • Mentha pulegium
    • Origanum compactum
    • Rosmarinus officinalis CT verbénone (romarin)
  • aux femmes enceintes ou allaitant, à l'enfant de moins de moins de 30 mois : l'huile essentielle de Mentha x piperia,
  • de faire des aérosols chez les patients allergiques et asthmatiques,
  • d'administrer des huiles essentielles par voie orale chez les enfants de 3 ans,
  • d'appliquer ou d'absorber des huiles essentielles photosensibilisantes avant une exposition solaire


Précautions avec les huiles essentielles

  • riches en phénols (irritantes et hépatotoxiques)
  • riches en aldéhydes aromatiques (cinnamaldéhyde) et aldéhydes terpéniques: caustiques
  • tests cutanés chez les sujets ayant des allergies

Ne pas laisser les flacons à portée des enfants (rangement dans l'armoir à pharmacie)

Conserver les flacons bien fermés dans des flacons en aluminium ou en verre coloré entre 5 et 35°C

Sélectionner des huiles essentielles chémotypées de qualité irréprochable.

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