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Les allergies aux produits d'hygiène (produits « rincés »), savons, shampoings, dentifrices, etc., sont difficiles à diagnostiquer, notamment par un aspect souvent peu évocateur. Personne d'ailleurs n'en connaît la réelle fréquence. Il paraît donc indispensable, afin de confirmer leur responsabilité, d'apporter lors du bilan allergologique tous les produits cosmétiques utilisés ; le médecin "entraïné"doit aussi disposer d'une batterie spécialisée explorant les principaux allergènes contenus dans les produits cosmétiques (parfums, conservateurs, agents moussants et nettoyants, etc.).
Les signes pouvant évoquer une allergie aux produits « rincés » sont peu spécifiques et se présentent le plus souvent sous la forme d'un d'eczéma, plus rarement sous la forme d'une urticaire. Il s'agit généralement d'un eczéma sec qu'il faudra distinguer d'une inflammation induite par des produits trop asséchants. En effet l'utilisation répétée de cosmétiques dits de « grande surface » peut provoquer une irritation de la peau qui n'est pas toujours facile à différentier d'une allergie de contact.
Selon leurs localisation les manifestations de l'allergie peut faire soupçonner un type de produit en cause :
- une inflammation des lèvres (chéilite) permettra de suspecter un dentifrice d'autant plus qu'il existe une inflammation de la bouche (stomatite) et un eczéma péri-buccal. Ce diagnostic peut être difficile, car les causes de chéilites sont nombreuses (voir notre page sur ce sujet). Les dentifrices de plus sont souvent irritants s'ils sont mal rincés.
- Une atteinte du cuir chevelu fera suspecter une allergie à un shampoing. Cependant certains aspects trompeurs ne permettent pas d'éliminer leur responsabilité, comme une inflammation sèche et isolée des paupières, un eczéma de la lisière du cuir chevelu, ou située derrière les oreilles. Parfois cette allergie ne se manifestera que par l'aggravation d'un problème dermatologique pré-existant comme un psoriasis, une dermite séborrhéique : l'absence d'efficacité du traitement devrait faire penser que celui-ci pourrait déclencher une allergie de contact (shampoings anti-pelliculaires ou shampoings et crèmes utilisés contre le psoriasis).
Des localisations ne sont pas suggestives d'une allergie de contact aux produits « rincés » et ce sont les tests systématiques pratiqués avec les produits utilisés et les batteries d'allergènes « cosmétiques » qui permettront de faire le diagnostic.
- eczéma situé sur la zone où le produit de nettoyage est appliquée en premier (visage, flanc, etc.) ou de la main qui sert à appliquer le produit sur la peau : la concentration de celui-ci est plus forte à cet endroit et peut être mal rincée
- œdème localisé aux paupières par allergie à un shampoing, la peau étant plus fine et absorbant plus facilement les allergènes potentiels.
- atteinte des aisselles,
- aspect d'eczéma atopique, etc.
Le diagnostic allergologique est difficile et demande une grande expérience du dermato-allergologue. Les produits d'hygiène étant par nature desséchants, ils doivent être testés selon une méthodologie particulière (« semi-open test ») et la lecture doit pouvoir différentier allergie et irritation : une rougeur de la peau avec un aspect « fripé » n'est pas en faveur d'une allergie. Parfois les tests restent négatifs bien que le produit testé paraisse être la cause de cette allergie ; il faut faire un test « d'éviction-réintroduction » ; après suppression de celui-ci et guérison des lésions cutanées, le produit est réutilisé : la réapparition de l'allergie permet de mettre en cause le produit d'hygiène suspecté.
Ces différentes molécules sont aussi présentes dans des produits à usage non cosmétique, comme certains produits ménagers et certains produits industriels. Il est donc difficile de savoir parmi eux quels sont les produits qui ont induits la sensibilisation.
La cocamidopropyl bétaïne. Il semble que cette substance, qui est un agent moussant peu irritant, soit une des causes les plus fréquentes d'allergie aux produits d'hygiène. Cette molécule est retrouvée très fréquemment dans les shampoings (notamment pour enfants), les gels nettoyants moussants, voire les dentifrices. L'allergie est dans la grande majorité des cas due à une impureté de synthèse de la cocamidopropyl bétaïne (dimethylpropylamine).
Le mélange « chloromethyl isothiazolinone et methyl isothiazolinone ». Dans les années 1980-90, ce conservateur a été responsable de nombreux cas d'allergie aux cosmétiques « non rincés » et son utilisation a été réglementée avec des concentrations maximales de 0,0015%. Les allergies à ce conservateur sont devenues rares.
Le methyldibromo glutaronitrile. Ce conservateur a remplacé dans les années 1990 le mélange « chloromethyl isothiazolinone et methyl isothiazolinone » et a provoqué de nombreuses allergies de contact. Son utilisation a donc aussi été réglementée, interdite dans les produits « non rincés » et sa concentration a été limitée à 0,1% dans les produits « rincés ». Son association à des produits détergents pourrait être un facteur favorisant la sensibilisation. Les cas d'allergie à cette molécule semble en voie de diminution.
La formaldehyde (formol) et substances contenant de la formaldehyde (DMDM hydantoin, etc.). Ces substances sont très fréquemment utilisées dans les produits cosmétiques, amis rarement la cause d'allergie de contact.
Les parfums et arômes ont été incriminés dans des allergies de contact aux produits d'hygiène. Quelques rares cas de réactions aux arômes contenus dans les dentifrices (cinnamaldehyde, L-carvone, anethole, spearmint oil, propolis, etc.) ont été décrits ; elles se manifestent sous la forme d'une chéilite chronique, voire d'un œdème des lèvres.
D'autres allergènes ont rarement été incriminés : benzophenone-3 (réaction photoallergique), zinc pyrithione (contenue dans les shampoings anti-pelliculaires), cocamide DEA, hydrolysats de protéines de blé, etc.
D'après la communication du Dr C. Pecquet, cours du GERDA septembre 2006
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