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Les tatouages temporaires au henné sont devenus de plus en plus populaires. Du fait de leur caractère transitoire, leur utilisation s'est étendue dans le monde entier. Comme le henné met un certain temps à sécher (jusqu'à une heure), d'autres substances sont ajoutées comme, des huiles essentielles, du café, du thé, de l'indigo obtenu à partir d'une plante l'Indigofera argentea, des colorants azoïques ou de la paraphénylène diamine (PPD).
Les allergies à ces tatouages posent le problème de leur forte augmentation, de l'intensité (voire de la gravité), des manifestations cutanées et du risque de réactions croisées avec d'autres substances comme certains anesthésiques locaux, certains antibiotiques et d'autres colorants utilisés pour la teinture des vêtements.
Le henné est un colorant d'origine végétale obtenu à partir des feuilles séchées d'un arbuste (Lawsonia inermis, famille des Lythraceae) utilisé depuis des milliers d'années pour la coloration des cheveux et dans l'art de la peinture corporelle. C'est une plante odoriférante des climats chauds et secs principalement localisée dans les régions du sous-continent indien, de l'Azerbaïdjan, de l'Iran, de l'Afrique du Nord, au Sénégal et au Mali. Le terme « henné » vient de l'arabe al-henna ou al hennah. Commercialement, on distingue le « henné naturel » issu du Lawsonia inermis (celui dont nous parlerons), le « henné neutre » issu de Cassia obovata, plante proche du séné, appartenant à la famille des Cesalpiniaceae et le « henné noir », obtenu à partir des feuilles de Indigofera tinctorium, famille des Fabaceae. La substance pigmentante du henné est la 2-hydroxy-1,4-naphtaquinone ou Lawsone. Elle est habituellement commercialisée sous la forme d'une poudre grisâtre obtenue par séchage des feuilles qui est mélangée avec de l'eau ou des huiles pour obtenir une pâte. Cette pâte est utilisée pour peindre des motifs décoratifs ou une coloration des cheveux.
Une femme de 24 ans travaillant dans un hôtel aux Canaries présentait un eczéma chronique des mains depuis une année qui s'aggrava violemment quand elle travailla comme assistante d'un artisan tatoueur des rues. Une fois, elle appliqua sur elle même un tatouage temporaire et déclencha une forte réaction. Le colorant qu'elle avait utilisé était une poudre brun-noir qui avait été achetée sur un marché en tant que « Henné naturel importé du Maroc ». La patiente se teignait fréquemment les cheveux et à plusieurs occasions avait eu de fortes réactions. Les tests cutanés mirent en évidence une allergie de contact importante à la PPD. L'application sur la peau du « henné naturel » déclencha au bout de huit heures une réaction d'eczéma . Du henné pur venant d'Inde, de couleur gris-vert ne déclencha pas de réaction. Une étude chimique de ce « henné naturel » mit en évidence l'existence de 23,5% de PPD et de seulement 5% de 2-hydroxy-1, 4-naphtaquinone (pigment du henné naturel).
Une petite fille de 4 ans a consulté dans un service de dermatologie de Bergame (Italie) pour un eczéma siégeant sur la zone d'application d'un tatouage au henné pratiqué 45 jours auparavant. Les parents avaient fait faire ce tatouage pendant les vacances d'été sur la Riviera Italienne. Après 20 jours de traitement par corticoïdes locaux, l'eczéma disparut en laissant une tache plus claire dessinant la forme du tatouage qui persista 6 mois. Les tests allergologiques révélèrent une réaction d'allergie à la PPD.
Chaque année, cette femme de 51 ans prend ses vacances au Maroc et fait un tatouage au henné naturel sur ses 2 pieds. Un an auparavant, elle avait décidé d'avoir un tatouage avec un henné plus foncé. Quelques jours plus tard, elle commençait à avoir des démangeaisons qui ne la génèrent cependant pas. Cette même année, quelques jours après une deuxième application de ce henné foncé sur les 2 pieds, survint une important œdème avec apparition de bulles. Elle fut traitée par corticoïdes par voie générale et l'eczéma disparut en 3 semaines en laissant des taches noires visibles encore 3 mois après. Un bilan allergologique fait à son retour de vacances à Leuven (Belgique), mit en évidence une allergie de contact à la PPD, à d'autres colorants capillaires (p-toluene diamine, p-aminophenol), à des colorants vestimentaires, à certains caoutchoucs noirs à certains antibiotiques dérivés des sulfamides et à des anesthésiques locaux (benzocaïne, procaïne, butoform, butacaïne, butanilicaïne, procaïnamide).
Un jeune garçon de 15 ans fut vu dans le service de dermatologie de l'Ulster Hospital à Belfast (Grande Bretagne) pour une rougeur du visage après avoir fait une teinture. Le lendemain apparut une œdème de tout le visage et du décolleté . Un an auparavant il avait présenté un eczéma bulleux après avoir fait un tatouage avec un henné foncé. Son cas s'aggrava avec fièvre, infection, troubles respiratoires et admission en réanimation pour intubation, traitement par corticoïdes et antibiotiques. Le bilan allergologique pratiqué quelques semaines après, mis en évidence une réaction allergique violente à la PPD. Il existait aussi une sensibilisation à d'autres colorants et à certains anesthésiques locaux.
Une jeune fille de 14 ans présenta une œdème important et une rougeur quelques heures après une coloration capillaire. Deux années auparavant, elle avait présenté une réaction allergique à un tatouage au henné. Elle dut être hospitalisée pendant 3 jours à l'Ulster Hospital.
Une jeune fille australienne de 17 ans avait fait faire un tatouage temporaire avec du henné foncé dans le bas du dos lors de vacances à Bali. Quatre jours plus tard, l'application fut répétée. Dix jours après, il apparut un eczéma vésiculeux qui secondairement s'étendit à pratiquement toute la surface du corps. La poussée disparut en 5 semaines, mais il persista plus longtemps sur les aisselles. Une cicatrice pigmentée fut présente encore 5 mois après à l'endroit du tatouage. Le bilan allergologique pratiquée à Westmead (Australie) mit en évidence une allergie de contact violente à la PPD, à d'autres colorants capillaires et textiles. Sa sœur, âgée de 15 ans fit aussi une allergie à ce même tatouage mais qui resta localisé ; il disparut en 1 mois en laissant une tache pigmentée dessinant le tatouage. Le bilan allergologique ne retrouva qu'une allergie à la PPD.
La décoration de la peau avec des tatouages au « henné naturel » devient de plus en plus fréquente dans les pays occidentaux. Ils sont en général pratiqués par des artisans sur les lieux de vacances.
L'augmentation du report de ces cas allergies indique un haut pouvoir de sensibilisation. La sensibilisation est directement liée à la durée de contact et la concentration de la PPD. Le contact prolongé à de fortes concentrations et l'absence de neutralisation, contrairement à ce qu'il est fait pour les cheveux, augmente le risque de sensibilisation. Des études chimiques du henné qu'utilisent les artisans en Asie a montré que le principal composant est la PPD et non la Lawsone (pigment du henné naturel) et ce à de très fortes concentrations (15,7%).
Dans un article rapportant 48 cas, 43 sont allergiques à la PPD et 18 sur 48 avaient moins de 18 ans. Ces enfants et adolescents avaient plus de réactions avec les colorants vestimentaires et de modifications pigmentaires post-inflammatoires que les adultes. De nombreux états aux USA interdisent les tatouages au henné chez les enfants. Il a aussi été décrit la survenue d'une cicatrice inflammatoire et en relief (chéloïde).
Le tatouage au henné échappe à la législation dans de nombreux pays. En Europe, la concentration dans les teintures capillaires est limitée à 6%, mais ne s'applique pas aux tatouages au henné. Au Canada, l'application de cosmétiques sur la peau contenant de la PPD est interdite.
La sensibilisation à la PPD fait courir le risque de réactions croisées à des substances proches :
1. les antibiotiques de la famille des sulfamides
2. les sulfones (Dapsone®) surtout utilisées en dermatologie et dans le traitement de la lèpre elle doit être utilisée avec précaution en cas d'allergie à la paraphénylène diamine.
3. les médicaments antidiabétiques appartenant à la famille des sulfonylurées certains peuvent provoquer des réactions généralisées surtout la tolbutamine et la carbutamide
4. Anesthésiques appartenant à la classe de la benzocaïne. L'allergie à la paraphénylène diamine et à la benzocaïne n'est pas rare la benzocaïne est retrouvée dans de nombreux produits anesthésiants pour la peau, la bouche, la gorge et dans certaines crèmes anti-hémorroïdes il vaut mieux éviter en plus de la benzocaïne, l'utilisation des anesthésiques locaux suivants : procaïne, chlorprocaïne, tétracaïne, butacaïne, picrate de butamben. On peut utiliser sans risque, la lidocaïne, la buvicaïne, la mépivacaïne et la dibucaïne.
5. Produits de développement pour film couleur. Certaines personnes travaillant dans le développement des films couleur peuvent être sensibilisés avec certains produits, Par exemple : CD-2, CD-3, CD-4
6. Résines époxy. Les résines époxy sont utilisées dans les colles, les peintures, l'isolation, etc. Alors que la plupart des allergies sont dues à la résine, certaines personnes sont allergiques au durcisseur, comme le métaphénylène diamine ou le diaminodiphénylméthane (40% des sujets allergiques à la paraphénylène diamine) Les gants en caoutchoucs ne protégent pas contre la pénétration du durcisseur ; il faut utiliser des gants spéciaux comme ceux ayant une couche en plastique, ou ceux en vinyl à forte résistance.
7. Tampons encreurs
8. Certains gants en caoutchouc
9. Industrie des plastiques : paraaminodiphénylméthane
10. Produits en plastique noir. Les dérivés de la paraphénylène diamine empêchent l'oxydation des caoutchoucs noirs On peut la retrouver, par exemple, dans les poignées de raquettes, les mains courantes de escalators.
11. Autres colorants azoïques : les personnes allergiques à la paraphénylène diamine peuvent être sensibilisées : aux colorants vestimentaires, notamment les collants (Disperse Orange 3 utilisé dans les couleurs claires) et les chaussures, à certains gants ménagers contenant des colorants azoïques (couleur rose, jaune, etc.) à certains colorants alimentaires, à de nombreuses teintures capillaires : paratoluène diamine, paraaminophénol, orthonitroparaphénylène diamine, paraaminodiphénylamine
12. Crèmes antisolaires contenant de l'acide para aminobenzoïque. Les crèmes antisolaires contenant de l'acide para aminobenzoïque, peu utilisés en France, ont été responsables surtout aux USA de la survenue, après exposition solaire, de réactions allergiques chez les sujets sensibilisés à la paraphénylène diamine
Cette année, l'affsaps (agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) informe sur le risque des tatouages transitoires au henné. Interdisez à vos enfants la pratique de ces tatouages.
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